A la manière de Amazing X-men par Jason Aaron en 2013, Extraordinary X-men est mené par un scénariste et un dessinateur de talent. Mais le titre n’a pas survécu. Retour sur un titre X-men moderne qui aurait pu relancer l’univers des mutants, avant l’arrivée de Hickman en 2019.

INTRODUCTION COMMUNE

Marvel Comics répète avec ce titre leur concept qui voulait pouvoir laisser Jason Aaron poursuivre son histoire et terminer son aventure sur les X-men avec le retour de Nightcrawler (Diablo). L’idée était bonne, laisser libre l’artiste avec un titre secondaire qui n’aurait que peu d’impacts. La politique est quelque peu différente ici. Avec le bazar retentissant de Brian M. Bendis sur ses X-men, les fans demandent une stabilité, un retour aux X-men tels qu’ils étaient. A jouer sur les temporalités, les X-men présents sont divisés. Jeff Lemire va tenter de répondre aux attentes en faisant une sorte de nouvelle équipe à partir des éléments solides de l’univers X-men.

Avec un embryon incluant ColossusMagik et IcebergTornade va tenter de relancer l’équipe X-men et s’approprier le savoir-faire de Xavier. Une sorte d’héritage que le personnage porte bien. S’ajoutent par la suite Nightcrawler et Old Man Logan, puis Jean Grey.

Un dernier ajout surprenant, mais qui se justifie énormément. User de la composition de l’équipe comme intrigue est très peu original. Et c’est bien le manque d’originalité qui nuit au titre. On peine à se prendre d’affection pour l’équipe, tant elle semble fragmentée.

MULTIPLIER LES CONNEXIONS ENTRE LES MEMBRES

Le talent de Jeff Lemire se ressent bien dans les rapports établis entre les personnages. Si certains restent malheureusement de côté, sans développement, comme Nightcrawler ou IcebergJean Grey et Old Man Logan présentent un rapport des plus intéressants. Une relation qui va accélérer l’intrigue du Old Man Logan introduit, voyons donc, par Jeff Lemire lui-même alors qu’il scénarisait le titre consacré au personnage. Le scénariste fait de la création de l’équipe quelque chose de naturel, partant du contexte de persécution des mutants. Encore une fois, si cela relève toujours du déjà vu, l’intégration et la réalisation font de cette construction quelque chose allant de soi, et ne gène en rien.

Mais cette accumulation de lieux communs va rendre de moins en moins acceptable les événements suivants, qui feront plonger l’équipe dans cette impression d’histoire commune, sans tension. Car c’est bien là tout le problème. Jeff Lemire semble s’être imposé la présence d’un ennemi à affronter. A partir du troisième épisode, Sinister apparaît. On sait de suite qu’il tiendra le rôle de pinata pour ce premier arc, et n’est rien d’autre que le méchant mutant lambda.

DÉMONSTRATION DE FORCE

On touche alors au regret, celui de ne pas en apprendre plus sur les composants de l’équipe. Si Jeff Lemire tisse quelques liens entre certains membres, d’autres sont à peine établis et mériteraient qu’on leur prête attention. D’autant plus si au détriment de cette approfondissement, nous devons suivre deux derniers numéros orientés sur une véritable démonstration de force, réduisant grandement le rythme narratif que suivant jusqu’alors l’album. Ces défauts s’expliquent – et surtout pour les volumes suivants – par la direction de l’éditeur. Jeff Lemire s’est d’ailleurs exprimé à ce sujet lors d’une interview de Bleeding Cool :

J’étais entièrement libre pour des comics comme Moon Knight, mais pour X-men ils ne m’ont rien donné, pas la moindre note, comme vous avez pu le voir. C’est ce que je pouvais faire de mieux. Mon travail sur les X-men était… une sorte de cauchemar, pour être honnête. Très difficile. Je suis arrivé sur le titre au beau milieu d’un événement en cours, j’ai dû utiliser des choses que je n’aurais pas utilisé de moi-même, et j’ai senti que l’éditeur était très restrictif dans ce qu’il voulait.”

Toute l’action de la seconde partie de l’album reste l’occasion d’admirer le dynamisme et le soin qu’apporteHumberto Ramos à ses productions. On sent l’envie de laisser parler l’artiste. Jeff Lemire n’impose jamais de mise en page ou de répartition de l’action. Une chose qui rend la collaboration avec le scénariste plus ou moins bonne. C’est un artiste bien différent des autres avec lequel il s’affère. Humberto Ramos parvient à livrer quelques pages sublimes soutenant la narration dans une mise en page souvent, pour ne pas dire toujours, dynamique. Ce qui rend le duo très intéressant, même si quelque peu étouffé par le cahier des charges du comics grand public.

C’est un petit plaisir agréable et plein d’espoir qu’offre Extraordinary X-men. Le titre rappelle ce que devraient être les X-men, quelle direction prendre, à travers des réflexions déjà vues, mais qui permettent un retour aux sources de l’équipe alors qu’elle était bien trop dispersée. Mais puisque l’éditeur implique par la suite à la série, des événements qui vont rompre l’unité et la marginalité que Jeff Lemire tentait alors de conserver au sein de son titre/équipe, on ne peut se dire qu’une chose. Dommage.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.