Il a été le comics le plus vendu au monde. Le X-men #1 de Jim Lee s’est écoulé à plus de 8 millions d’exemplaires en 1991. Sursaut chez Marvel qui s’est vu pousser des ailes, c’est pourtant avec un profond pessimisme que l’on évoque aujourd’hui sa traversée des années 90. Ces deux situations ont pourtant un point commun : les X-men.

Changement de direction : l’origine du mal

1988, rien ne va. Marvel est au bord du gouffre. Après avoir été racheté par New World , ce dernier met la maison d’édition en vente. L’ancien responsable éditorial (1978-1986) et scénariste Jim Shooter entre en collaboration avec d’autres personnalités du milieu pour racheter la maison d’édition et tenter de la relancer. Mais lors des enchères, le directeur du groupe Revlon, Ron Perelman domine et vient marquer l’histoire des comics Marvel. Par la suite, Jim Shooter, avec l’argent rassemblé, va monter Valliant Comics.

Ron Perelman était un homme d’affaire. Il s’intéressait au profit, était détenteur de diverses entreprises qu’il achetait pour les revendre ou les développer. En achetant Marvel Comics, Ron Perelman avait des plans. Marvel possédait des personnages populaires, mais manquait de moyen pour les rentabiliser.

Ce rachat était à craindre autant qu’à espérer. S’il a empêché Jim Shooter de reprendre les rennes une nouvelle fois, il a apporté une direction neuve. Et à l’aube d’une nouvelle décennie, rien de mieux pour Marvel qu’une modernisation de son univers. Pour cela, Ron Perelman ne compte pas imposer une direction de l’entreprise. Il s’occupera des connexions entre ses entreprises pour faciliter leurs développements respectifs. Et pour Marvel, il compte assigner divers délégués pour superviser la production de ces comics.

Marvel in Crisis : la Civil War des scénaristes

Dans cette panique, Tom DeFalco est assigné éditeur en chef. Le jeune scénariste avait refusé à plusieurs reprises, mais s’est vu obligé à la vue des circonstances à une condition : qu’il soit secondé par Mark Gruenwald en tant que directeur exécutif. Qui plus est, il fallait rétablir le calme dans les coulisses de la maison des idées. Les querelles ne manquaient pas. A la fin des années 80, la maison bénéficie de certains succès avec des artistes comme Frank Miller, John Byrne, ou Steve Englehart. Mais le succès de la décennie s’essouffle. Les X-men de Chris Claremont se vendent de moins en moins.

Marvel Comics profitait de talents déjà connus, mais pas de jeunes talents comme pouvait en posséder la concurrence. DC Comics avait découvert Alan Grant, Chuck Dixon, et Norm Breyfogle, mais aussi Peter Milligan, John Ostrander et Christopher Priest. L’éditeur a déjà eu un certain avantage. Todd McFarlane a eu certains désaccords avec plusieurs éditeurs chez DC Comics.

Marvel a su tirer profit de ces querelles pour ajouter ce jeune talent à son écurie. De même pour le jeune Rob Liefield qui venait de terminer une mini-série Hawk & Dove. Il est mis à l’essai sur Spider-man et intègre ensuite New Mutants aux côtés de Louise Simonson.

Car tel était le nouveau mot d’ordre : renouveler les talents. Parmi eux, on compte Whilce Portacio et Jim Lee. Todd McFarlane relançait les ventes de Spider-man avec ce style inédit et moderne. Leur objectif, relancer les ventes. Les éditeurs avaient désormais une pression nouvelle qui allait changer la place du scénariste.

Les premières heures glorieuses d’une nouvelle génération

Ce n’est pas tant le rachat de Marvel qui l’a mené à sa perte, que sa quête obsessionnelle du succès. Si ce n’est, sa conception du succès. Nous sommes en 1990, et Rob Liefield vient de créer Cable dans New Mutants #87. La couverture montre un homme musclé, un œil bionique, un bras musclé en métal et une arme à feu futuriste volumineuse. C’est un carton. Les ventes explosent. Rob Liefield devient la poule aux œufs d’or de la maison.

Son style stéréotypé plaît et on lui dédie tout le succès. Si bien que Louise Simonson sera rapidement écartée, ainsi que son mari Walter Simonson. La direction cherche à laisser de la place à la nouvelle génération qu’elle estime plus rentable. Elle donne de ce fait carte blanche à Rob Liefield. C’est ainsi que naît X-Force en été 1991 et devient le plus gros succès de la maison d’édition, avant de se faire largement dépassé quelques mois plus tard par le célèbre X-men #1.

Après 16 années d’histoires, Chris Claremont est lui aussi écarté de l’univers mutant. Jim Lee aux dessins, Chris Claremont en est réduit à écrire les dialogues. Ses scénarios ne sont plus retenus. Jim Lee a pris la main. Magneto ne se rangera pas du côté de Xavier, et Scott n’atteindra jamais le bonheur recherché. Chris Claremont jette l’éponge et se retire quelques mois plus tard. Jim Lee devient le favori des lecteurs de cette nouvelle génération. Et ce sera au jeune scénariste, Scott Lobdell, de reprendre les rennes de cet univers mutant… en pleine mutation.

Entretenir le succès

Avec les ventes extra-ordinaires de New Mutants, de X-Force, puis de X-men, Marvel domine. Le marché du comics vient de passer un cap. Il ne faut cependant pas se reposer sur ce succès. Il faut le reproduire. Diverses mesures sont prises, et avec aisance. Désormais sous la direction de Revlon, le succès des X-men allait dépasser le monde du comics. La firme Toy Biz également détenue par Perelman va se lancer dans la production de produits dérivés de comics (X-Force), mais également d’une série animée avec les X-men.

La présence de Perelman et les dernières ventes des X-men sont des arguments de taille. Après un essai vain en 1987, les X-men parviennent à décrocher leur série animée, ayant marquée toute une génération. La stratégie de Perelman associe l’ensemble de ses avantages, comme pour créer des passerelles chez le consommateur en l’invitant à passer d’une firme à l’autre. Avec la figurine, l’enfant trouvera un personnage qu’il peut retrouver dans des comics à succès, et une carte à collectionner à travers l’ensemble des collections de figurines, mais aussi dans les paquets vendus au détail.

Ces succès en série laissent présager de bons jours pour la maison d’édition. Mais elle va chuter seule, faute à une vision d’entreprise en désaccord totale avec celle de l’artiste et une mauvaise écoute du besoin d’une maison d’édition.

La chute

Les succès cités ont certes procurés des avantages, mais la gestion et le respect envers certains scénaristes prouvent un traitement discutable de l’artiste. Les délégués étaient une pression au sein de la maison Marvel. Ils imposaient aux créateurs des conditions, des stratégies afin de mieux vendre leurs produits. Puisque X-men #1 a su exploser le record de ventes, pourquoi donc ne pas donner le même objectif à chaque titre ?

Enfermée dans cette ambition dévorante, la direction de Marvel Comics ne voyait pas le gouffre dans lequel elle plongeait. L’éditeur considérait être un échec un titre qui se vendait à 400/500 000 exemplaires à son lancement. La comparaison à aujourd’hui serait ridicule. Les comics se vendaient extrêmement bien, mais l’état d’esprit était piétinée par ce système entrepreneurial.

Ce mauvais esprit n’a fait que nourrir la révolte de cette nouvelle génération en quête de liberté (et surtout de profit). Les auteurs des fameux succès se liguent contre Marvel et DC, en créant Image Comics. Grâce à une promotion délirante, Image Comics se fait facilement une place dans le milieu.

Une décennie dans le rouge

Marvel se retrouve perdu sans ses artistes. Tous partis en moins d’un mois, l’éditeur doit revoir sa situation et son fonctionnement. l’univers mutant se perd entre sa multitude de séries et son manque de coordination. La nouvelle gestion ne fait que prendre en exemple son succès, comme pour tenter de mieux le comprendre. Alors Perelman fait l’acquisition d’une entreprise de cartes de collection pour tirer plus encore sur la popularité des X-men. Mais le marché sonnait le début de la fin des cartes à collectionner. Et ainsi, Marvel s’endetta de plusieurs millions.

Le temps de sauver l’entreprise, ce sont les séries qui en pâtissent. Et lorsque l’inspiration se perd, du côté des comics, il faut copier la concurrence. C’est ainsi que naissent la Saga du Clone, et bien d’autres événements, jusqu’au désespéré Onslaught, puis Heroes Reborn. Une série de tentatives pour l’éditeur de sortir la tête de l’eau après des décisions commerciales désastreuses.

Quelle a été l’espace laissé aux artistes dans ces événements ? Que pouvons-nous en tirer aujourd’hui ? Pas uniquement des leçons destinées aux éditeurs et directeurs de ces grandes maisons, dans une décennie où l’ambition commerciale étouffait celle de l’artiste.

Mais nous, c’est tout un esprit que nous pouvons apprécier pour ce qu’il est. La force symbolique de la mort de Superman. Le design caricatural et violent d’un Age of the Apocalypse. La belle époque de Mark Bagley sur Spider-man sur cette Saga du Clone, à tout jamais incomplète. Cette métamorphose du super-héros qui a marqué notre regard sur le genre et continue d’influencer les créations actuelles, du X-men de Jonathan Hickman au Batman de Tom King.

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