I – Origines d’un comics engagé

II – Green Arrow : La violence du chasseur

III – Pour une image moderne de la femme


Pour une image moderne de la femme

Aimer en toute réalité

Cette version plus réaliste de Green Arrow révèle également les dessous de sa vie de couple. Chose assez rare pour être soulignée dans le monde des super-héros. Avec Dinah, Oliver va se projeter. L’idée de cet enfant envisagé dès les premiers épisodes est l’exemple type de sujet de projet sérieux d’un couple approchant la quarantaine.

Au delà du désir d’avoir un enfant, Mike Grell laisse une place au rapport sexuel. Chose interdite, souvent suggérée dans les comics, sans jamais être montré, le sexe a pourtant son importance ici. Il n’est pas question d’érotisme, de voyeurisme, encore moins de l’application d’un fantasme de fan.

mike grell green arrow black canary

Mike Grell souligne à travers le sexe un rapport humain réel, sans tabou. Révéler ses rapports avec Dinah révèle également la sensibilité d’Oliver Queen et montre que ce héros n’est pas un dieu asexué dépourvu de désir. Il n’est pas une idole comme peut l’être Superman. Il est un humain parmi d’autres, limité par les mêmes conditions. Le sentiment amoureux s’exprime. Il ajoute un paradoxe de plus chez le personnage toujours plus tiraillé.

De ce fait, Green Arrow est une expression de la force brute, un déferlement d’une rage étouffée et d’une violence inassouvie. Mais sous cette capuche, il reste un homme amoureux cachant autant qu’il ne le peut sa sensibilité.

Une série plus féminine qu’il n’y paraît

Avec son allure de Don Juan et sa réputation de séducteur, Oliver Queen était fait pour se pavaner comme son homologue Bruce Wayne en jouant la carte du riche séducteur. Et malgré l’âge de la série, celle-ci laisse une place de choix à la femme.

green arrow 76 cover

Qu’il s’agisse de Black Canary ou Shadô, la femme est également un membre essentiel à la bonne tenue des comics de Mike Grell. Campant des rôles très secondaires, la femme est ici un soutien à Oliver ou une victime des violences urbaines.

Pour alimenter son rapport au réel dans son œuvre, Mike Grell s’inspire de faits divers. Dans ce souci de désigner les crimes du monde moderne, il remarque que les femmes sont bien plus souvent prises pour cible que les hommes lors des cas d’homicides ou de kidnapping. Un détail que les lecteurs de l’époque n’ont pas manqué de relever. Plaçant souvent la femme dans le rôle de la victime, il se retrouve à l’époque considéré comme misogyne. Il ne faut pas cependant pas oublier les personnages féminins forts qu’il inculque à son récit.

Les créatures les plus étranges : les femmes

En accord avec ces commentaires, les femmes ne représentent pas des personnages de pouvoir. Elles sont souvent dans l’ombre des figures masculines, sans pour autant rester sans défense. Dinah et Shadô nuancent parfaitement cette image de la femme.

dinah lance black canary green arrow

L’alter-ego de Black Canary est un fil rouge. Elle motive un retour au foyer constant et inévitable pour Oliver Queen. Si elle joue ce rôle de princesse attendant le retour du vaillant chevalier, Mike Grell n’en fait pas une belle fleuriste mièvre. Elle correspond à une lecture moderne de la reine attendant le retour du roi, doublée de l’héroïne repentie et tourmentée par son désir de fonder une famille. Il s’agit de la femme moderne et active, craignant ce monde pour lequel elle a lutté, mais dans lequel elle a perdu ses repères.

Black Canary est un personnage ayant subi de nombreuses mutations jusqu’alors. Avec des origines revisitées à répétition, DC Comics ne sait plus vraiment que faire du personnage. Mike Grell décide de lui faire lâcher le costume et la place dans l’attente de stabilité. Mais le passé ressassé devient un problème d’actualité.

Alors, Dinah tire un trait sur son désir de fonder une famille, plaçant là l’idée d’un choix que la femme moderne doit faire, de peur de s’en vouloir. Même si elle se trouve être bien secondaire, Dinah représente l’appui indispensable d’Oliver. Mike Grell conçoit cette vie de couple qu’il anime de vérités perturbantes, n’enfermant ni l’homme ni la femme dans une caractérisation superflu.

shado mike grell

De son côté, Shadô se fait l’exact opposé de Dinah. Elle est étrangère et mène une lutte quotidienne pour survivre. Adepte de l’arc, elle adopte un comportement plus bestial dans ses premières apparitions. Elle est une bête sauvage ne se fiant qu’à son instinct, caractérisée par un mutisme glaçant.

Shadô est ce que Dinah pourrait être si seulement elle acceptait de porter à nouveau son costume et poursuivait sa lutte contre le crime. Mais un fossé sépare la femme rêvant d’un bonheur idyllique et celle animée par un désir de vengeance, forcée de vivre dans le secret. Shadô représente tout ce que Dinah a rejeté de sa vie passée, mais elle représente également tout ce qui manque à Oliver pour être pleinement heureux.

A savoir, Shadô, forte de son succès, finira par avoir sa propre mini-série. Celle-ci explore l’évolution du personnage, en parallèle au voyage effectué par Oliver. Un apport non-négligeable au scénario de Mike Grell.

Avec Green Arrow, Mike Grell dresse des portraits de femmes bien différentes. Il n’enferme aucune d’entre elles dans un rôle prédéfini. Dans l’arc “The Canary is a Bird of Prey” (#31-32), Dinah apprend que Oliver est en danger. Elle n’hésite pas à prendre les armes et est prête à tout pour le sauver. Mike Grell ne rejette pas le caractère bien trempé du personnage, mais lui apporte une évolution aux antipodes du super-héros bien rangé de chez DC Comics.

Flèche Finale

Forte de ces interprétations et messages, cette série réalisée par Mike Grell, et de nombreux artistes collaborateurs, est sans conteste la plus grande œuvre concernant Green Arrow. Il s’agit là d’une synthèse de ce qu’a pu apporter Dennis O’Neil avec son message social raisonnant pleinement avec notre réalité. Mais il est également question d’un apport considérable à l’univers du personnage, à commencer par le couple formé ici avec Black Canary ainsi que les Longbow Hunters que l’on retrouvera sous Jeff Lemire en 2013.

Green Arrow Shado Mike Grell

Mike Grell a su concevoir une série super-héroïque refusant l’aspect édulcoré du comics mainstream. Un projet pleinement indépendant au cours duquel Mike Grell avait carte blanche. Un passe-droit rarissime que lui a octroyé Paul Levitz. Mike Grell racontait que Levitz avait pris sa défense à plusieurs reprises afin que Green Arrow continue d’être publié sans subir les modifications des grands événements menés chez DC.

Malheureusement, ce passe-droit a eu ses limites. Les éditeurs ont du mettre un terme au run de Mike Grell pour apporter une version rajeunie de Green Arrow en la personne de Connor Hawk. L’éditeur misait tout sur une nouvelle génération de super-héros reprenant le nom de leur prédécesseur.

Et c’est bien dommage, car Mike Grell avait de nombreuses idées, dont celle de marier Oliver et Dinah. Comme il avait pu l’expliquer lui-même, son projet n’était pas de créer l’événement du mariage, mais plutôt d’explorer les modifications et/ou l’absence de modifications qu’il pouvait amener. Des parts d’ombres encore inconnues concernant cette longue épopée inaboutie, et pourtant infiniment marquante.

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