Qui ne connaît pas le personnage de Arlequin ? Issu de la Comedia Dell’Arte, il est un être coloré et amusant souvent enseigné aux plus jeunes lors des classes de primaire. Avec Harlequin Valentine, Neil Gaiman s’approprie le personnage. Il lui apporte une nouvelle aura, dans une histoire d’amour liée à la Saint Valentin, dans une dimension fantastique dont il a le secret.

Un amour d’Harlequin

Cet album est une merveille. L’union entre deux artistes accomplis dans deux secteurs complémentaires. Il s’inscrit dans une série d’adaptations de nouvelles de Neil Gaiman issues de son recueil Miroirs et Fumées. Le scénariste sait s’entourer d’artistes uniques et réputés tels que Michael Zulli ou Philip Craig Russell – avec qui il réalise en ce moment même l’adaptation de la mythologie nordique en comics.

heart valentine

Nous sommes un 14 février. En ce jour de la saint Valentin. Harlequin épingle son cœur sur la porte de la femme sur laquelle il a jeté son dévolu. Cette femme, Missy, le récupère. S’en suit une pérégrination de la part de la jeune femme suivie de très près par Harlequin, afin de comprendre l’origine de cette affaire.

Au fil de ces brefs voyages, le personnage de Harlequin se caractérise comme un être magique, invisible, mais aussi très fourbe et malicieux. On l’aperçoit réaliser des actions discrètes, créant des “accidents” anodins, mais révélateurs de tensions au sein du monde réel. Harlequin a tout de cet être farceur, et constitue le seul être magique au sein de cette nouvelle fantastique.

On se retrouve dans une ambiance mélancolique aux nuances morbides révélant ces indices trahissant nos émotions humaines. Une ambiance et des thèmes très familiers chez Neil Gaiman, qu’il a pu traiter notamment dans son roman L’Océan au bout du chemin. Cette exploration émotionnel mise en avant fait de Harlequin Valentine une œuvre brève mais profondément touchante.

Une question d’adaptation

Neil Gaiman profite d’une expérience aboutie dans bien des domaines liés à l’écriture. Scénariste, auteur, il a côtoyé divers milieux de la bande-dessinée à la littérature en passant par le livre audio. Et ces passages d’un format à un autre ne se limitent pas à une création originale, mais parfois à une adaptation d’une œuvre déjà écrite par ses soins. Et cette question d’adaptation prend alors tout son sens, car Neil Gaiman est aussi bien un créateur de génie qu’un auteur capable d’enrichir ses œuvres passées en leur offrant une seconde vie en un format nouveau.

harlequin valentine neil gaiman

En ce qui nous concerne, la nouvelle Harlequin Valentine réalise un entre-deux troublant. Le premier tiers de cette adaptation prend la forme d’un véritable roman illustré, laissant entendre que l’adaptation ne vise qu’à un accompagnement graphique signé John Bloton. Ces premières pages ne font qu’user de cartouches partageant au lecteur les pensées traversant Harlequin. Neil Gaiman conserve alors cette focalisation interne, enfermant le lecteur dans les pensées troublées de cet être magique invisible.

Harlequin Valentine : défilé pictural

Le véritable intérêt de cette adaptation concerne bien la partie graphique. Et si Neil Gaiman s’entoure d’artistes si impressionnants, c’est que l’auteur/scénariste vise bien à livrer une identité graphique différente pour l’adaptation de ses nouvelles. Et ici, le peintre John Bolton livre une performance qui divise. En effet, John Bolton modifie son fonctionnement et ne livre pas un travail de peintre, mais d’illustrateur. Son travail sur Harlequin Valentine est à part parmi ses autres œuvres.

harlequin valentine john bolton

Ses décors sont troubles. Sa peinture livre une luminosité fade et froide sous des teintes pastel. Voilà l’un des grands reproches faits à cette performance. Mais une performance qui se justifie par l’histoire contée. Cette univers autour de la personne de Missy fait que le monde s’éteint, il s’efface. Et cela, parce qu’il faut mettre en avant ses personnages. Pour ça, Harlequin est cet être aux couleurs soutenues. Ce contraste entre le rouge et le gris clair distingue le monde réel, morose, et la créature magique vive.

Si la partie graphique connaît, effectivement, une approche à première vue impersonnelle, c’est pour s’accorder aux thèmes de l’œuvre. En cela, Harlequin Valentine est une œuvre merveilleuse bien que très courte. Une œuvre éphémère, une étrange curiosité, mais aussi un album qui se savoure.

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