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Scarlet Spider, l’araignée charismatique des années 90, possède des origines et une évolution difficiles à expliquer. Et ce pour la bonne raison qu’il apparaît grâce à la fameuse Saga du Clone, longue épopée à la qualité variable. Cette histoire aussi passionnante qu’ennuyeuse, du fait de sa direction éditoriale et sa longueur, a donné naissance à divers clones de Peter Parker dont Ben Reilly et Kaine. Après moultes aventures et échanges d’alias, Kaine a été laissé pour mort et Ben Reilly était devenu le Scarlet Spider. Mais lorsque Kaine revient – en même temps que Kraven – lors de l’arc Grim Hunt, Marvel veut changer la donne, créer un « Spider-anti-héros » dans l’air du temps. On peut dire que la maison d’édition ne fait pas les choses à moitié, puisqu’elle lance une belle campagne promotionnelle pour ce qui a tout l’air d’être une série régulière Scarlet Spider. C’est à dire, une série bien secondaire. Retour sur cette série de 2009 écrite par Chris Yost et illustrée par le désormais célèbre Ryan Stegman (Venom, Superior Spider-man).

Une araignée à Houston

scarlet spider costume stegman

Lorsqu’il est question de campagne promotionnelle, Marvel Comics ne fait pas les choses à moitié en 2009. La série mise sur une installation de Kaine dans la ville de Houston. Et par conséquent, Chris Yost et Ryan Stegman sont invités et interviewés en plateau sur la chaine locale. Des affiches étaient placardées à travers la ville, les sites d’actu couraient après la moindre info sur ce qu’allait être ce nouveau Scarlet Spider. Il y avait donc un véritable espoir d’instaurer à nouveau le personnage de Kaine, et de capitaliser sur Scarlet Spider. Rappelons que Spider-man a toujours été l’une des figures emblématiques de chez Marvel, si ce n’est la plus importante, et que Scarlet Spider possède encore aujourd’hui une fan-base solide, espérant toujours voir leur personnage préféré se balancer entre les immeubles.

Avec le recul, la multiplication des araignées semblait intéresser les lecteurs, bien avant le fameux Spider-verse. Le pari était cependant assez risqué, car Scarlet Spider avait toujours été l’alias de Ben Reilly, autrement dit, le bon clone. Kaine était l’antagoniste, le mauvais frère, ou le repenti dans le meilleur des cas. Cette interrogation était certainement la source des espoirs chez Marvel. Ce personnage pouvait se renouveler et devenir ce qu’il souhaitait, emprunter le chemin de la rédemption, ou renouer avec ses instincts primaires et violents.

Nouveau départ pour une nouvelle toile

scarlet spider preview

Kaine erre sur les routes. Il tente de prendre un nouveau départ sans pour autant parvenir à se délester de son passé. Notre Scarlet Spider a des dettes et sa tête est mise à prix. Pour cette reprise, Chris Yost ne brille pas d’originalité – un problème persistant tout le long de la série. Mais pour ce qui est de Scarlet Spider, on trouve rapidement nos marques et un dynamisme répondant aux attentes d’un public nostalgique ou néophyte. Le premier arc donne le ton, sous la forme d’une série B rythmée.

L’action fuse et profite des dessins généreux d’un jeune Ryan Stegman remarqué pour la première fois ici. Dessinateur en pleine ascension, Ryan Stegman brille pourtant déjà par le choix de plans soutenant le caractère tragique du personnage au visage dissimulé, toujours caché derrière un masque ou sous une capuche.

Le dessinateur fait également le choix d’approcher ce héros tourmenté avec des plans particulièrement rapprochés, notamment lors des scènes d’action. Et à ce titre, Ryan Stegman est plus que convaincant. Il fait preuve d’inventivité pour donner à Scarlet Spider un sens particulier de l’action. De plus, il offre au personnage un nouveau costume. Un changement portant cet espoir de devenir un symbole et un héros, mais Chris Yost présente un nouveau pouvoir dérivé des capacités d’araignées : une griffe sortant de ses poignets. Serait-ce là une sorte de mode dans cette culture populaire où pourraient se joindre Scarlet Spider, Daken ou autres Assassin’s Creed ?

Scarlet Spider a tous les outils pour se faire une place sur le marché des titres Spider-man. Une relation se tisse entre le lecteur et Kaine. Un nouveau Kaine que l’on voit naître et à qui on peut pardonner. Car le héros se présente d’office comme un anti-héros, à la recherche d’une rédemption qu’il ne parvient pas à s’accorder. Mais fort de ce contact avec lui, le lecteur souhaite voir Kaine évoluer et aller de l’avant. On nourrit ce désir de suivre son périple en s’imaginant quel exploit Scarlet Spider pourrait être amené à réaliser pour devenir la meilleure version de lui-même. Mais la route empruntée est évidemment parsemée d’embûches.

Convenances et potentiel détourné

scarlet spider ryan stegman cover

S’il introduit un Scarlet Spider sombre et violent, Chris Yost ressort des vieux tiroirs des antagonistes old-school comme Armadillo ou Texas Twister. Difficile de garder son sérieux face à un cow-boy coloré jouant avec son fouet. Et lorsqu’il est question de créer de nouveaux antagonistes, Chris Yost ne se montre pas très inspiré. Avec Flower, Fifty-One ou Mammon, ces nouveaux opposants manquent cruellement de personnalité. Le personnage se concentre sur lui-même et ne développera pas de relation pertinente en tant que Scarlet Spider avant le dernier arc.

Scarlet Spider ne développe pas suffisamment ses enjeux laissant constamment le lecteur sur sa faim. Alors que Kaine se trouve en quête d’indépendance et en quête de sens, le titre en manque lui aussi. Passé le second volume, le titre peine à trouver sa direction et cette sensation va se prolonger à travers une sous-intrigue mal entretenue. Cela peut s’expliquer, puisque la série de comics connait deux perturbations importantes.

scarlet spider venom minimum carnage

La première est l’événement Minimum Carnage. Ce crossover avec la série Venom amène Kaine à faire équipe avec Venom (Flash Thompson) contre Carnage. Ils découvrent ensemble un univers microscopique où Carnage se développe et devient une menace de grande envergure. Seulement, si le conflit éthique entre Kaine et Flash se trouve être très pertinent pour faire évoluer Scarlet Spider, il n’en sera rien. L’événement passera sous les yeux des lecteurs comme une étape obligée et sans réel impact. Ainsi, Miniumum Carnage est un acte manqué, mais plus encore, il perturbe le déroulement de la série régulière.

Ce qui nous amène à la seconde perturbation : un changement abrupte de ton. Après ce crossover, Scarlet Spider prend une direction plus horrifique. Kaine subit des transformations monstrueuses, métaphore du regard qu’il porte sur lui. Et alors que cette idée aurait pu fonctionner, Chris Yost présente son récit à la manière d’un récit d’horreur des années 70. Combats de monstres et violence sans réel impact, le tout manque de tension. Cet arc laisse penser que les fondations construites au départ, présentant Scarlet Spider comme une série d’action urbaine, n’était qu’un passage. Et c’est d’autant plus dommage que le rapport à la ville de Houston devait être pour Kaine un public à conquérir, à protéger pour réussir à se pardonner.

Longueurs et conclusion hâtive

scarlet spider reilly brown

Scarlet Spider se perd dans des détours manquant de sens. Le public s’en rend compte et les ventes régressent pour plusieurs raisons amenant à la fin de la série. Premièrement, Ryan Stegman n’a fait qu’une brève apparition remarquée lors du premier arc. L’artiste était censé rester sur la série, mais il est appelé pour accompagner Dan Slott sur Superior Spider-man. Une offre que l’artiste ne pouvait pas refuser. Pour sa partie graphique, Scarlet Spider peine à trouver un remplaçant et croise d’excellents artistes comme Khoi Pham, Paolo Suiquera ou encore Carlo Barberi. Aucun ne restera sur le titre en tant qu’artiste régulier. Preuve supplémentaire que la série manquait de stabilité.

Ceci amenant Scarlet Spider à son dernier arc, attendu comme la revanche de Kaine sur Kraven, un rappel de la dernière chasse face à un Scarlet Spider troublé. Et cette conclusion n’est rien de plus qu’un coup d’épée dans l’eau. Chris Yost tente diverses références à Spider-man et aux récits marquants de Kraven. Mais il est accompagné d’un artiste manquant les effets escomptés. La dimension horrifique est sapée par une lumière trop prononcée et un encrage très fin, alors que la tension dramatique s’effondre sous une représentation convenue du combat de super-héros. Scarlet Spider passe à côté de son grand final, si bien amorcé dans Grim Hunt.

Scarlet Spider s’annonçait comme une série secondaire au fort potentiel. Un scénariste aguerri. Un jeune artiste en plein essor. Mais entre maladresses et perturbations éditoriales, Scarlet Spider s’est condamné à une annulation que l’on ressent comme prématurée. Triste sort à l’image de son héros tragique.

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